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visuel article 8 mars AMS

Au Burkina-Faso, dans les quartiers péri-urbains de la ville de Ouagadougou, Djantoli travaille au cœur
des communautés avec des activités de sensibilisations sur les pratiques familiales essentielles et
l’alimentation du nourrisson et du jeune enfants, afin de notamment faire connaître les maladies
infantiles les plus courantes et la manière de les prévenir. Pour ce faire, Djantoli s’appuie sur un réseau
d’Agent.e.s de Médiation Sanitaire (AMS) professionnel.le.s, composé en grande majorité de femmes
engagées dans la lutte contre la mortalité maternelle et infantile.

En faisant entrer la santé au sein des foyers, en renforçant les compétences des familles, en créant un
lien tangible entre les soignants et les communautés, elles sont au quotidien ces « pairs » de confiance
qui facilitent l’accès des populations à leurs services de santé.

A l’occasion de la journée Internationale des droits des femmes, nous avons rencontré Rita BATIONO,
Agente de Médiation Sanitaire dans l’aire de santé de Zagtouli. Chaque semaine, Rita se déplace en
moyenne dans 4 quartiers pour y rencontrer les familles abonnées à Djantoli et les agents de santé. 

En quoi consiste ton travail ?

L’essentiel de mon travail est d’assurer le suivi régulier des enfants âgés de moins de 5 ans dans les
quartiers où Djantoli intervient. Ce suivi comprend le dépistage de la malnutrition – qui est une véritable
problématique au Burkina-Faso et un facteur aggravant de la moitié des
décès des jeunes enfants – et la prise des constantes sanitaires des enfants (poids, alimentation, température, symptômes), afin de
permettre la détection et une prise en charge rapide en cas de maladie. J’apporte également aux familles un soutien
technique lors des séances de sensibilisation et les causeries éducatives. Ces dernières
regroupent différents thèmes autour de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant, le dépistage des
maladies diarrhéiques, la malnutrition ou encore l’hygiène générale. Autant de sujets qui impactent
directement la santé des enfants. J’échange et j’accompagne les familles afin de lever les blocages à
l’adoption de pratiques nutritionnelles. Je fournis des conseils adaptés en fonction des besoins de
chaque parent et enfant. Je travaille aussi en étroite collaboration avec les agents de santé des
structures sanitaires qui se trouvent dans les quartiers dans lesquels j’interviens, car l’un de mes rôles
est d’assurer la médiation entre le centre de santé et les familles.

Quelles sont les maladies qui affectent le plus les enfants de moins de 5 ans dans ta zone d’intervention ? 

Les maladies qui affectent le plus les enfants de moins de cinq ans dans les quartiers que je couvre sont
les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques.

Comment ce travail communautaire contribue-t-il à la réduction des maladies infantiles ?

La sensibilisation de la population, en particulier des mamans, permet de leur faire connaître ces
maladies et de savoir comment les éviter. Mais aussi, d’en reconnaître les symptômes et de les inviter à
se rendre au centre de santé lors de leur apparition pour éviter que l’enfant ne développe des
complications médicales qui nécessiteraient une hospitalisation.

Par exemple, pour la prévention des maladies diarrhéiques, je travaille sur les bonnes pratiques, comme
l’hygiène. J’informe sur les vecteurs de transmission des maladies, je sensibilise au lavage des mains et
j’invite les familles à maintenir des lieux de vie propres.

Au niveau de la malnutrition, les démonstrations nutritionnelles que nous organisons montrent aux
parents les possibilités d’élargir l’alimentation des enfants en introduisant des produits alimentaires
localement disponibles et abordables. Elles expliquent aussi les pratiques d’alimentation des nourrissons
et des jeunes enfants, notamment en fonction des divers âges.

Depuis 2013 (début de l’implantation de Djantoli dans les quartiers) d’importants changements se sont
opérés au niveau des ménages et des communautés, notamment au niveau de l’hygiène domestique.
Un habitat propre permet d’éviter les maladies infantiles comme la diarrhée ou le paludisme. Le suivi
préventif des enfants effectués par les AMS et les actions d’éducation à la santé ont un impact significatif
sur l’amélioration du recours aux soins, l’acquisition de compétence en santé et l’amélioration de la
fréquentation des structures de santé. Je suis très fière de ce que nous [les AMS de Djantoli] avons
réussi à faire.

ll y a-t-il des exemples de bonnes pratiques qui ont été mises en place dans les quartiers dans
lesquels tu travailles ?

Depuis que Djantoli intervient, j’ai constaté des changements importants dans certaines familles. Par
exemple, un enfant souffrait de malnutrition dans l’une des familles que je suis. Au regard de la situation, j’ai intensifié les conseils personnalisés et adaptés auprès des parents. Aujourd’hui l’enfant est en pleine forme.

Quelle est la valeur ajoutée de ton travail ?

La sensibilisation au cœur des quartiers et des familles permet de travailler au plus proche de la
communauté et, peu à peu, faire évoluer certains comportements qui constituent un facteur de risque
pour la santé des plus jeunes enfants. L’appropriation et la mise en place de bonnes pratiques par la
population contribuent à l’amélioration de la situation sanitaire et à la réduction de la prévalence de
certaines maladies infantiles, parfois mortelles.

Quels défis rencontres-tu au quotidien ?

Je constate parfois que certaines habitudes sont plus difficiles à faire évoluer que d’autres. Certaines
mères sont encore réticentes et n’emmènent pas leurs enfants en consultation dans les centres de santé
quand ces derniers tombent malades. Il faut donc faire comprendre que des pratiques comme celle-là
constituent un risque pour la santé des enfants. C’est là tout l’enjeu des sensibilisations que nous
menons sans relâche.

Comment t’est venue cette vocation ?

C’est un travail que j’ai aimé et que je faisais avant mon arrivée à Djantoli. J’ai été relais communautaire
(ASBC) pendant plusieurs années. J’aime prendre soin des enfants, j’aime le travail communautaire et
pour moi mon devoir c’est la santé des tous petits.

Quels sont les principales difficultés que rencontrent les femmes aux Burkina-Faso ?

Malgré les progrès intervenus  au cours des dernières décennies, dans les domaines de la santé,
de l’éducation, l’économie formelle, les discriminations envers les femmes demeurent une réalité. Le
manque d’infrastructures d’accès à l’eau entrave aussi l’émancipation des femmes et des filles. En effet,
c’est à elles qu’incombe en général la corvée de l’eau, les obligeant à parcourir de longues distances
chaque jour. Cette tâche quotidienne limite l’accès des jeunes filles à l’éducation et réduit les
opportunités économiques des femmes, puisque ces heures passées à la corvée de l’eau se font au
détriment d’heures qu’elles pourraient passer sur les bancs de l’école ou à développer une activité
génératrice de revenus. De plus, l’accès à l’eau est aussi un enjeu crucial pour la santé des femmes et
des filles. Il en va de même pour l’éloignement des femmes des différentes infrastructures (action
sociale, structure d’aide aux femmes et aux jeunes filles).

Des changements ont-ils eu lieu ces dernières années ?

D’indéniables progrès ont été réalisés dans l’amélioration de la couverture sanitaire. Le gouvernement
burkinabè a mis en place une politique nationale de gratuité des soins pour les femmes enceintes et les
enfants de moins de 5 ans. Cette nouvelle situation a contribué à réduire significativement les délais
d’utilisation des services de santé. Des mesures sont également entrain d’être prise dans l’amélioration
de l’accès des femmes et des jeunes filles à la planification familiale.

Quels changements souhaiterais-tu voir accomplir ?

Des mesures pour prévenir les grossesses non désirées en milieu scolaire ou trop précoces, et les
infections sexuellement transmissibles. Le phénomène des grossesses non désirées des jeunes filles en
milieu scolaire au Burkina Faso constitue un véritable fléau et a des conséquences désastreuses sur la
vie des femmes.

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Djantoli réaffirme son engagement pour le droit des femmes et des filles à décider librement de leur santé et de leur vie.

Réaffirmons le droit à la santé pour toutes et agissons !

J’agis pour la santé des femmes, je fais un don 

 

 

Le 8 mars 2018

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