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banner_koffiKoffi Yao Hyacinthe, expert en santé communautaire aguerri aux exercices de capitalisation, a travaillé pendant quatre mois auprès des équipes à Paris, au Mali et au Burkina Faso afin de documenter les bonnes pratiques de Djantoli et d’optimiser ses actions. Nous l’avons interviewé sur sa mission et les défis qui se posent à l’association pour l’avenir.

  • Est-ce que tu peux nous parler de ton parcours professionnel ? A quel moment ton chemin a-t-il croisé celui de Djantoli ?

Je suis diplômé d’état de la Côte d’Ivoire en droit public et en travail social. Je me suis spécialisé dans la prise en charge de personnes vivant avec le VIH, surtout des enfants et femmes enceintes, grâce aux formations de la fondation américaine Elizabeth Glaser Pediatric AIDS Foundation.

Depuis 2010 je travaille au Ministère de la santé en Côte d’Ivoire, au service de 23 hôpitaux dans le district de Bouaké. Mes missions consistent à communiquer sur les activités médicales du district, former des agents qui sont dédiés à la mobilisation communautaire et discuter avec les leaders communautaires en vue d’obtenir leur implication dans les activités liées à la santé communautaire.

Mon ministère m’a également délégué au centre Solidarité Action Sociale (SAS) qui agit dans le district de Bouaké. Le centre SAS se spécialise dans la prise en charge de patients atteints par le VIH et j’y coordonne les projets liés aux mères et aux enfants, surtout au niveau de deux centres pédiatriques gérés par le centre SAS. J’ai été formé dans plusieurs pays en Afrique sur la capitalisation et la mobilisation de ressources, par exemple à travers la plateforme française ELSA à Lomé.

Et c’est justement un ami de la plateforme qui m’a parlé de l’offre de Djantoli pour le poste de consultant en capitalisation. Quand j’ai vu que Djantoli menait des actions pour réduire la mortalité infanto-juvénile et coopérait avec les structures de santé communautaire, je me suis dit : je suis dans mon élément, cette offre est faite pour moi ! Et c’est pour cela que j’ai postulé et négocié auprès de mes responsables la possibilité d’être détaché afin de pouvoir accomplir la mission chez Djantoli. J’aime bien les nouveaux défis et acquérir de nouvelles compétences.

  • En quoi a consisté ta mission chez Djantoli ?

J’ai commencé ma mission en Juin 2016 avec l’objectif de capitaliser les bonnes pratiques de Djantoli, plus spécifiquement son approche de la médiation sanitaire, ainsi que d’identifier les améliorations possibles du dispositif.

img_20160630_163701Capitaliser c’est transformer les pratiques et expériences en connaissances partageables dans le but de les diffuser. La première étape a donc été de documenter les pratiques de Djantoli, en particulier sa méthode de médiation sanitaire. On entend par « médiation sanitaire » l’ensemble des activités visant à rapprocher la santé des populations pour prévenir les maladies – ce que les équipes de Djantoli s’emploient à faire au quotidien.

J’ai étudié les documents internes de Djantoli et mené des entretiens avec les équipes sur le terrain ainsi qu’au siège. Afin de fournir une image globale de Djantoli, je me suis également entretenu avec d’autres acteurs tels que les partenaires projets de Djantoli, les structures de santé communautaires, les différentes institutions de santé dans les deux pays d’intervention, etc.

14102246_10150745155309963_4645664373663222260_nJ’ai présenté les résultats de mon travail lors du séminaire d’équipe qui a eu lieu en août 2016, à Bamako. Conjointement avec les équipes cadre de Paris, du Burkina Faso et du Mali nous avons revu, discuté et retravaillé les 48 recommandations que j’ai proposées.

Par la suite j’ai travaillé, toujours en collaboration avec les équipes, sur la production de documents qui présentent la méthode de Djantoli et permettent sa diffusion. J’ai également participé à l’élaboration d’un plan de mobilisation de ressources avec la Responsable des Partenariats de Djantoli.

  • Est-ce que tu peux nous en dire plus sur les recommandations que tu as proposées ?

Lors du séminaire d’équipe, j’ai initié le débat sur des questions parfois difficile à aborder, comme les conditions de travail des agents de Djantoli. Les équipes se sont mises d’accord sur le fait qu’il était nécessaire de revaloriser leur statut, mais également d’élever le niveau d’exigence au regard de leur rôle.

Ma mission a permis de structurer davantage la méthode de médiation sanitaire développée par Djantoli et de familiariser les équipes avec ce concept très présent dans les actions mais qui leur est peu connu. Nous avons élaboré, avec les équipes, différents modules de formation ainsi que des fiche techniques pour guider leur action.

Les discussions ont débouché sur une évolution majeure pour les agents de Djantoli. Anciennement dénommés « agents de suivi » (ADS), les agents de proximité de l’association son désormais appelés « agents de médiation sanitaire » (AMS). Au-delà de l’appellation,  cela traduit un changement important dans le positionnement de Djantoli. Avec la volonté récente des Etats de mettre en place des systèmes de couverture maladie et différents dispositifs de prise en charge peu connus par les populations, les agents de Djantoli jouent un rôle clé dans l’orientation des familles vers ces dispositifs. Ils ne font plus seulement de la surveillance sanitaire, ils accompagnent les familles dans l’adoption des bonnes pratiques en matière de santé, leur donnent des informations essentielles pour utiliser au mieux les structures socio-sanitaire auxquelles elles devraient avoir accès. Ce nouveau rôle et les nouvelles exigences qui l’accompagnent nous ont incité également à renforcer l’impact des visites à domicile et des causeries éducatives en faisant évoluer leur fréquence et leur format.

  • De ton point de vue, quels défis se posent à Djantoli dans le futur ?

Dans un premier temps, c’est le suivi des recommandations qui ont été validées et acceptées par les équipes. Leur mise en place est pour le moment en bonne voie mais il est important de maintenir la dynamique.

Dans un deuxième temps, il s’agit d’optimiser la mobilisation des ressources pour assurer une plus grande stabilité financière de Djantoli et lui permettre de développer des programmations pluri-annuelles.

L’autonomisation des équipes pays est également un pas important à faire. L’existence d’une structure juridique autonome dans les pays d’intervention faciliterait la collaboration avec les institutions étatiques et l’accès aux financements locaux et nationaux. C’est le souhait de Djantoli d’aller dans ce sens et par conséquent il est important de se concentrer sur l’amélioration des compétences en gestion des équipes sur le terrain.

Je souhaite beaucoup de succès à Djantoli pour le futur ! Pour moi Djantoli c’est l’espoir. L’espoir pour les enfants d’Afrique. C’est pourquoi je souhaite que Djantoli s’étende et aille au-delà de Bamako et Ouagadougou, que Djantoli vienne dans mon pays par exemple, la Côte d’Ivoire. C’est l’espoir pour les familles, voilà comment je résume Djantoli !

Le 27 octobre 2016

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