0

Départ Anne RW

La directrice et co-fondatrice de Djantoli a quitté l’association mi-septembre pour voguer vers de nouvelles aventures professionnelles. Elle nous livre dans cet entretien son regard sur les 10 ans écoulés depuis la création de Djantoli.

Anne, tu as cofondé l’association Djantoli en 2007 (anciennement Pesinet), comment t’es venue cette idée ? De quels constats par l’expérience de Djantoli ?

Djantoli a été fondé en septembre 2007 (à l’époque, sous le nom « Pesinet »), dans le cadre d’un programme académique intitulé « création d’un produit innovant ». L’objectif était alors de concevoir un service permettant de faciliter la détection et la prise en charge des pathologies infantiles avec l’aide des technologies mobiles.

Nous avons souhaité proposer une démarche nouvelle et innovante pour répondre à un enjeu qui nous avait interpelés : la persistance en Afrique de l’Ouest d’une mortalité infanto-juvénile élevée liée à des maladies pourtant très simples à soigner localement, comme les infections respiratoires, le paludisme et les diarrhées.

Sur la base d’une idée simple – le suivi régulier du poids – nous avons conçu une méthode complète de suivi, d’alerte et d’accès aux soins pour préserver la santé des enfants et faciliter leur accès aux soins dès les premiers symptômes. Autour de cette idée nous avons progressivement construit tout un programme qui s’articule avec les systèmes de santé publique locaux. Trois volets majeurs structurent aujourd’hui l’activité :

Le premier est le volet prévention et médiation de santé, qui est le cœur de métier de Djantoli depuis sa création. Nous allons vers les familles, à leurs domiciles pour faire le suivi santé des enfants, que nous complétons par un programme d’éducation des mères à la santé à travers des conseils personnalisés et l’organisation de causeries éducatives portant sur les pratiques préventives.

Le deuxième volet concerne la protection sociale via une assurance santé centrée sur les soins primaires des enfants. Ce volet permet de s’assurer qu’une fois que la maladie est détectée et que la famille a acquis le réflexe d’aller vers les centres de santé, elle soit en capacité de payer pour les soins.

Les volets 1 et 2 sont proposés sous la forme d’un paquet intégré. L’adhésion se fait de manière volontaire, moyennant une cotisation mensuelle d’environ 1 euro par enfant et par mois.

Le troisième et dernier volet est plus récent et centré sur l’amélioration de la qualité des soins dans les centres de santé primaire, qui aujourd’hui sont encore mal perçus par les familles du fait notamment de problèmes de gestion et d’un mauvais accueil qui entravent la confiance dans le système de soins.

Nous avons démarré notre activité au Mali en 2010. Commencer à travailler au Mali, avec les centres de santé, revêtait pour nous un grand intérêt. Dans ce pays, les centres de santé ont une relative autonomie de manœuvre, puisque le système de santé est décentralisé. L’état a délégué aux communautés une partie de la gestion de la santé de base. Les centres de santé ont donc cette capacité à prendre des initiatives, à innover dans leurs pratiques. Le terrain était favorable pour tester de nouvelles approches : utiliser les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) pour améliorer la collecte et la remontée d’informations sanitaires, travailler sur l’accueil des patients, l’amélioration du parcours de soins.

Nous avons eu la chance d’avoir à nos côtés un certain nombre de partenaires soignants qui ont été très moteurs. Bien sûr, ça n’a pas toujours été le cas, et nous avons aussi fait face à un résistance de certains comme dans tout processus de changement.

Quel bilan peux-tu faire des dix années écoulées ?

Quand je regarde en arrière, je considère qu’en 10 ans nous avons accompli beaucoup de choses. A l’origine, Djantoli n’était qu’un petit projet étudiant. Nous connaissions peu le contexte et les réalités du terrain. Nous avons appris, Djantoli a grandi et s’est profondément transformé grâce à l’appui des partenaires locaux comme les centres de santé, des équipes terrains et des habitants qui nous ont fait confiance en adhérant au dispositif.

C’était et c’est un travail de longue haleine mais qui paye, et qui fait qu’aujourd’hui nos actions ont une vraie valeur ajoutée. Notre force, c’est notre rôle « d’intermédiaire  » . Djantoli fait en sorte que les catégories de la population qui aujourd’hui n’ont pas accès aux dispositifs de protection sociale puissent y avoir accès : qu’elles aient accès à leurs droits, qu’elles comprennent le fonctionnement de ces dispositifs, qu’elles puissent rapidement détecter les maladies et accéder aux systèmes de santé dans les meilleures conditions possibles. Nous nous inscrivons dans la dynamique nationale d’assurance santé et proposons une démarche d’accompagnement de la politique publique des Etats.

Le jour où cette intermédiation ne sera plus nécessaire, il n’y aura plus besoin de Djantoli sur ce volet. Cela sera très bien, parce que cela voudra dire que les Etats ont été en capacité de toucher réellement l’ensemble de la population.

Nous nous sommes donc beaucoup professionnalisés, en veillant à structurer notre savoir-faire, en améliorant nos procédures de gestion et de suivi de nos activités, mais toujours avec la préoccupation de ne pas perdre en agilité, et capacité d’innovation sur le terrain. Nous travaillons également beaucoup plus en partenariat avec des organisations locales ou internationales.

Dans notre manière d’agir nous ressemblons beaucoup à une organisation locale. Nous sommes attachés à rester un opérateur au plus près du terrain et des communautés.

Quel avenir vois-tu pour Djantoli ? Quels conseils pourrais-tu donner à Djantoli pour la suite ?

Je n’ai aucune inquiétude pour la suite car Djantoli a d’importants acquis : notre savoir-faire et notre positionnement spécifique est de plus en plus reconnu par les différents acteurs qu’ils soient publics, locaux ou internationaux. L’expérience acquise sur le terrain depuis de nombreuses années nous a permis d’être perçus comme un interlocuteur crédible pour les pouvoirs publics.

Nous devons continuer d’être à l’écoute des besoins des populations et des évolutions des contextes nationaux dans lequel nous intervenons. Nous devons continuer à travailler avec le plus grand nombre de partenaires possibles (associatifs, institutionnels) car la richesse de nos actions vient des interactions que nous avons avec les autres et ce, à tous les niveaux.

 

 

Le 23 octobre 2017

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *